Le livre de Jeanne Marusky

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PRÉFACE

Qu'est-ce qui fait qu'un livre rebondit, voit son visage, sa figure se modifier, sa prise en main aussi, sa forme s'arrondir, d'abord écrit en juillet 1992 puis posté en ligne numérique en 2010 puis en mauvais papier plaqué sur Internet éloigné sur la toile en 2014, enfin maintenant à l'état réel d'ouvrage au cœur de l’édition française distribuée confortablement par Hachette. Sa chrysalide, sa métamorphose, son cheminement n'ont pas la chance des plateaux d'argent servis aux enfants gâtés, mais son parcours souterrain, secret, intime se tourne vers l’intériorité de la confession.

         Qu'est-ce qui fait que la face obscure d'un livre s'affiche dans ses transformations ? La réédition d'un livre boit à la source d'un rebondissement, d'une anecdote, d'un élément déclencheur, d'un fil d'Ariane que l'on tire, d'une pelote de laine dévidée sans pouvoir l'arrêter. Où nous mèneraient-ils ? À Saint-Jacques de Compostelle sur les chemins des pauvres âmes perdues, à Assise, au Caire derrière les ordres mendiants, à Tanger dans l'Interzone des paradis géographiques ou sur les berges pour les dérives excessives des stars du show-biz qui perdent leur maîtrise ? Je ne sais si l'attachement du public et de l'éditeur se lisent dans ce parcours chaotique, soumis, dicté, mais je ne doute pas que le lien qui unit l’auteur à son texte, ce mystère laissé mystère, l'exil du cœur, cet empêchement volontaire d’entrer dans la sphère privée, dans les biographies, les intimités, les amours éventrés restent le choix délibéré, principal des volontés, le magnétisme, l'intuition, l'illisible qui aimantent et qui guident.

         Cette troisième édition même si elle est le vœu pieu du respect des sentiments, des dignités, des intérieurs, des choix ataviques, définitifs, ancrés dès l'adolescence sans compromission ni rémission est surtout la croisée des chemins, cette intersection, cet angle droit magique, cette liberté chérie, cette part d'ombre, cette partie de cache-cache entre soi et sa biographie, entre sa vie et ce  que l'on veut dire, entre ces recherches vaines et ces mots d'insultes laissés en travers de la gorge sans les retirer. La voix s'étrangle dans les injures, les cris, les regrets, les césures et les ruptures, les chagrins d'une incompréhension, d'une interprétation erronée de ce que l'on voit, de ce l'on sait par injonction comme un texte sacré, une sourate, un verset, mais que l'on broie.

         Quand les lépreux mouraient dans l'ombre de Jumièges sur la route de Quillebeuf-sur-Seine, quand les martyrs chrétiens se répandaient et se vulgarisaient au même rythme que la pauvreté, quand Salomé levait la tête de Saint-Jean-Baptiste avec la même légèreté que le bourreau social, deux vies s'entrelaçaient, se croisaient d'une rive à l'autre d'un fleuve sali, ensanglanté, pollué par les enfants abusés, arrachés, les femmes battues, les guerres et les tortures admises des faux enterrements. Dans la vision troublée, lointaine, abrupte des cessations, des sommations, des interdits, des arrêts exigés, le cœur s'emballe dans l'erreur errante, l'Histoire trace sa route de travers, mais à l'intersection d'un appel de phare, d'un flash dans la nuit au hasard des insomnies ou des bonheurs particuliers, les secrets fusent sur l'embouchure de la mer éternelle.  

 

Sylvie Bourgouin

       Le livre de Jeanne Marusky est un roman initiatique mêlant la tradition classique du roman épistolaire, de l’autobiographie et de l’autofiction.

         Une jeune poétesse rencontre en Normandie une romancière âgée, célèbre et renommée.

         Elle décide de lui écrire des lettres et une sonate pour piano qui restent sans réponse malgré la demande de poursuivre leur écriture par l’écrivaine.

          Une relation imaginaire, en l’absence de l’autre, s’instaure alors, entre réalité et fiction.

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Sylvie BOURGOUIN en salon littéraire, Photographie salon Bretteville